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samedi, 14 novembre 2009

Bleus-Boks au Stadium :l'An I de l'ère Lièvremont ?

A l'heure où l'identité nationale interroge, en ce vendredi 13 novembre 2009, le peuple occitan réuni en assemblée générale a fait corps avec son équipe pour la porter vers les sommets du rugby.

Tout avait commencé par une Marseillaise étreignant les coeurs embués d'avant match pour s'achever sur des "toulousains, toulousains...", comme si en gagnant une âme la sélection nationale  s'était transformée en une force collective homogène digne d'un très grand club habitué du Stadium.

Le chant révolutionnaire et guerrier donnait le ton de l'entame du match, les Bleus n'étaient pas là pour tendre l'autre joue. Ce fut très clair lorsque les deux pièces maîtresses du pack des Boks (Botha et Matfield) réputées indestructibles et redoutables sur les phases de ruck allaient faire un passage précoce au stand.

Cette entame de feu enthousiasmait autant qu'elle inquiétait tant il paraissait difficile que les Bleus tiennent longtemps à ce rythme là.

Rythme effréné fait de charges hargneuses dans l'axe, d'une défense agressive, de duels gagnés, de solidarité et d'une solidité de tous les instants. On se foutait bien du score et du sort ultime du match, on voyait enfin un match de rugby !

Comme souvent en matière de bonheur, celui-ci fut de courte durée, la machine à concasser les corps prenait le dessus au bout d'un quart d'heure de furia maîtrisée. Elle avançait inexorablement, sans génie, pire sans imagination. On se serait cru dans une scène de Barry Lindon tant les chandelles étaient nombreuses. Prétendant éclairer un ciel d'automne et d'autan elles ne faisaient qu'obscurcir davantage un jeu porté vers l'abstraction. Le vent fou des fous avaient beau perturber les jeu au pied des Boks, comme si fondu dans les éléments le peuple occitan soufflait sur l'adversaire, le compacteur vert régnait sur le camp tricolore.

Règne couronné de succès par un essai consécutif à une incroyable bévue : une touche défensive au terme de laquelle le deuxième sauteur est visé. Le choix est proprement suicidaire, un mauvais lancer expose dangeureusement la défense. Ce fut exactement ce qui se passa, Servat expédiant la gonfle pile poil dans les pognes de Smit.

A ce moment là, les spectateurs furent gagnés par le doute, les Bleus allaient-ils retrouver leurs vieux démons dans une ronde infernale allant de la fébrilité à l'approximation, en passant la précipitation.

Dans l'esprit des joueurs les choses étaient plus claires, l'heure de la révolte avait sonné. Au rang des lieux communs qui égaient les discussions sportives apéritives ou digestives  figure en bonne place : "Une grande équipe revient vite au score". Ce soir là la formule prenait des allures d'adage à graver d'urgence au fronton du Stadium.

Une phase de conquête suivie d'une alternance dans le jeu conduite dans le bon tempo amenait à l'essai d'un revenant.

A la mi-temps, rien d'irrémédiable n'était survenu, non seulement tout restait possible, mais tout le devenait.

La seconde mi-temps fut la plus belle de l'ère Lièvremont, une équipe était en train de naître directement sous les yeux incrédubles de l'Occitanie et indirectement sous ceux d'une France du rugby, qui dans le confort de son foyer ne risquait pas de s'assoupir.

Notre beau sport confine au sublime quand il est ainsi pratiqué, cela arrive deux à trois fois par décennie (contre les Blacks en 1999 et en 2007 et ce mémorable 13 novembre 2009).

Comme dans un conte pour grands enfants, le méchant est battu, là alors qu'on le croyait invincible, il a même connu l'humiliation (en touches et en mélées). Dans ce dernier secteur, à jamais restera gravé dans les mémoires la rage délivrante de Barcella exprimée sur l'une des dernières mélées, se heurtant à Servat et Dusautoir comme s'il devait en jaillir une étincelle magique. L'image est suffisamment rare pour être souligné, le pilier n'est pas l'espèce la plus expressive et expansive du monde animal.

Le contre de Chabal sur une touche capitale fut aussi remarquable. Entré en remplacement, il fut à l'unisson de tous les Bleus, les joueurs avaient beau changer à l'heure de jeu, la même équipe animée du même esprit conservait son ascendant sur les Boks.

Le pack fut beaucoup plus qu'héroïque, il fut majestueux. Les lignes arrières conduirent d'une même ardeur tâches défensives et missions offensives.

Rassurés sur leur capacité en mélée et en touche, confortés dans leurs rigueurs défensive, ne manquent plus qu'à cette génération de Bleus  opportunité et réalisme offensifs pour se hisser là haut, tout haut, pour atteindre l'espace raréfié des Légendes du rugby.

Bien sûr, tout ne fut pas parfait, in cauda venenum.

Le jeu au pied demeure encore approximatif (deux touches non trouvées sur pénalité), Traille à l'arrière a eu trop de déchet dans son jeu au pied, quant à sa capacité à relancer elle est proche du néant. A proximité de la ligne adverse l'indécision des joueurs gâche de réelles occasions d'essai. Car après avoir déployé tant d'énergie, élevé à ce niveau leur jeu, les Bleus ne finissent qu'à quelques encablures devant les Boks, une égalisation de dernière minute restant possible.

La charnière ne pèse pas sur l'orientation du jeu, elle apparaît comme un simple organe de liaison entre les avants et les trois-quart. La seule initiative que prend Dupuy, c'est de jouer rapidement certaines pénalités et coups francs, c'est bien le moins pour un 9. Trinh-Duc a fait preuve d'une salutaire abnégation en défense, mais s'agissant de la conduite du jeu il est aussi transparent que l'espace géométrique séparant les poteaux au point de former un H majuscule, lui-même constitué d'une perpendiculaire enserrées entre deux droites parallèles. Les poteaux parlons-en, la pénalité ratée de Para fit osciller le stade entre la stupeur ou le fou rire. Ajoutons à tout celà un arbitre qui fut loin d'être défavorable aux Bleus, des Boks auxquels manquaient quelques belles pièces (F. Steyn, J. Smith), des Boks jouant en infériorité numérique.

Sans compter que l'on connait le travers habituel des Bleus, capables de se transcender sur un match pour taquiner le sublime, incapables de se maintenir à un tel niveau dans la durée et plus incapable encore de le reproduire dans une phase finale.

Bref, la route qui conduit au titre mondial est encore longue, elle passe prochainement par Marseille où les Tout Noir à n'en pas douter seront animés d'un désir de revanche. Noir Désir.

 

 

 

Commentaires

Endabans per l'identitat nacionala nòstra !
E que los Franceses fasquèssen una ciutadanetat que posquèsse respectar lo pòble occitan.
(Joan Laporta es passat a Barcelona recentament a Perpinyà, El Barça es fótbol e rugbí ...)

Écrit par : Godilhaire | dimanche, 15 novembre 2009

analyse juste ton site met en valeur notre sport
pas comme l'équipe qui à seulement titrer une petite fenetre et la page entiere sur ces abruti de footeux.

Écrit par : le cèpe | dimanche, 15 novembre 2009

Si le peuple occitan est bien derrière son équipe pourquoi n'avons nous pas un tournoi des six nations avec une équipe d'occitanie ? (six nations et trois états, cherchez l'erreur!)

Écrit par : lafontan | dimanche, 15 novembre 2009

Merci encore pour ce beau papier
Seul petit point de discorde : Julien Dupuy ; pour ma part il a été un très bon cornac pour ses avants et a fait le match qu'il fallait en alternant le jeu au pied et le jeu au large
Dans la charnière, c'est au 10 de peser sur l'orientation du jeu, de réclamer les sorties de balle et d'envoyer ou non à dam

PS : encore merci à ces avants qui nous ont montrés le quintessence de ce sport de combat qu'est le rugby - Merci à Servat pour ces charges, à Barcella pour ces mélées, à Mas pour ces combats de l'ombre, à Millo-Chluski pour être le tracteur, à Nallet pour ces combats au sol, à Dussautoir pour ces ballons gratés, à Harinordoquy pour ses soutiens et à Picamoles pour ces raffuts (Burger pleure encore)

Écrit par : Antoine | lundi, 16 novembre 2009

Les commentaires sont fermés.

 
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