Avertir le modérateur

vendredi, 04 décembre 2009

Merci les Blacks !

Quand ça ressemble à ça le rugby, c'est de loin le plus beau sport du monde.

Habitués à la bouillasse habituelle du Top 14, à peine rehaussée par le tournoi des VI Nations, nos yeux furent d'un coup lavés par le soleil sudiste.  On ne remerciera jamais assez les Blacks pour avoir joué à ce niveau et d'un coup balayés les mauvaises certitudes d'un rugby hexagonal étriqué et plus largement de renouveler encore l'approche de ce jeu en voie de mondialisation insipide.

Et dire que l'on pensait avoir atteint un sommet au Stadium, la route vers les cimes est bien longue, si tant est que le Lièvre et sa bande la trouve.

Première certitude balayée : Tu sais coco, le rugby d'évitement, c'était bon du temps du rugby à papa, des Boni et de Prat, maintenant, le rugby pro ça se joue dans le franchissement et l'occupation du terrain, ya plus d'espace sur le pré.

Au vélodrome superbe démonstration inverse, les Blacks par la vitesse donnée à leur jeu ont su créer des espaces et non en pillonnant la défense comme on le voit trop souvent. N'oublions pas que ces intervalles, brèches, espaces sont apparus face à une équipe réputée, depuis l'ère Laporte, comme présentant des garanties défensives.

Pour avoir prouvé que l'on peut déséquilibrer des défenses sans jouer aux garçons bouchers, merci les Blacks !

Deuxième certitude balayée : Contre les Blacks mon coco y a rien à faire ils nous rendent trop de centimètres et de kilos, c'est pas la même planète. Encore faux mon con, hormis le lourd Tialata, devant, question physique, l'avantage était plutôt aux Bleus. Derrière les choses étaient équilibrées, face au physique d'un Nonu, d'un Jane ou d'un Muliana, ni Jauzion, ni Médard, ni Traille n'ont à rougir, on peut en dire autant d'un Bonnaire face à Mc Caw ou d'un Trinh Duc face à Carter... Là je sais, je pousse la comparaison un peu loin.

Bref va falloir trouver autre chose pour expliquer la déroute ou si l'on préfère la supériorité noire, d'autant plus que face aux Boks, les Bleus bien que présentant un profil physique moins dense l'ont emporté.

Evidemment tout se tient, si une équipe est capable de produire un rugby de mouvement plutôt que de tranchée, la course aux kilos et centimètres devient autant vaine que superflue.

Pour avoir prouvé que le cerveau est plus utile sur un terrain que les kilos, merci les Blacks !

Troisième certitude balayée : Coco, le rugby qui gagne, c'est pas celui qu'est beau à voir, regarde le jeu des Beefs (2003), des Boks (1995, 2007) et des Wallabies (1991, 1999), c'est le même, des quilles, de l'occupation du terrain, de la défense treiziste, des buteurs métronomes et une grosse mêlée. Là t'as à moitié raison mon con, c'est vrai que la mondialisation de la gonfle est en marche et que les vainqueurs de la Coupe du Monde depuis celle remportée en 1987 par les Blacks ont tous pratiqué ce jeu étriqué, guère imaginatif où le défi physique est la règle et le buteur un sauveur.

C'est en gros le rugby que souhaitait pratiquer Laporte avec l'insuccès que l'on sait. La France du rugby voulait bien perdre ses rêves en échange de résultats, elle n'eut ni les uns ni les autres. Sur le coup le Lièvre arrive, reconnaissons-lui le talent d'avoir humé l'air du temps, et porte l'ambition de reconstruire une équipe avec un jeu plus enlevé, disons pour faire court, remettre au goût du jour un jeu à la française, de mouvements, mis au rencart depuis Skrela-Villepreux. Là on dit bravo ! Sauf que Lièvre confond tout,  concentré sur la mise en place d'un jeu flamboyant  il en oublie les fondamentaux. Il s'en rend compte et change son fusil d'épaule. Comme visiblement lui et son staff sont infoutus de penser deux choses à la fois, pour revenir aux fondamentaux (fini les piliers de bal musette) il sacrifie la vivacité et l'imagination (citer Marty et Traille doit suffire à la démonstration).

C'est un peu long mais j'y viens, sur le coup les Blacks débarquent à Marseille, prennent du plaisir sur le terrain, se font des passes, jouent sans que l'enjeu ne tue le jeu et gagnent. Vision magnifique d'un rugby éternel, alliant le respect des fondamentaux à la maestria offensive. Développer un jeu ambitieux n'est pas qu'une formule tirée du monde des idées, c'est bel et bien possible, chacun a pu le voir à Marseille. Sans sacrifier à la rigueur de ce sport de combat collectif, l'imagination peut prendre le pouvoir.

Pour avoir prouvé que le rugby n'est pas ce sport hémiplégique, condamné à errer entre l'efficacité emmerdante mais victorieuse et la virtuosité emballante mais au final défaite, merci les Blacks!

Evidemment si  les Bleus ne disent pas merci c'est bien aux Blacks.

Samedi exceptés Servat et Jauzion et dans une moindre mesure Chabal, Bonnaire et Barcella, tout le monde a sombré.

Après les Boks ce que la France compte d'amateurs de la chose pensait avoir trouvé un 5 majeur, capable de naviguer par tout temps et par gros grains. Non seulement le Lièvre l'a remanié mais là aussi les Blacks ont mis fin aux rares certitudes que l'on pouvait avoir. Barcella et Marconnet s'enflamment sur la première mêlée pour finir sur le cul dans nos 5 mètres, mêlée introduction Dupuy, essai Black.

L'humilité est une vertu cardinale du rugby, penser à ne ne pas l'oublier.

En face on aura noté une seconde ligne particulièrement mobile, Milllo avec sa démarche de Chubaka était à la peine.

En troisième ligne, les absences de Picachu et d'Harri ont indéniablement pesé. Oueadrogo dont la qualité de déplacement est soi-disant la principale vertu a été comme d'habitude, transparent, faible, désordonné, pas inutile mais presque. Depuis le début il n'a rien à faire chez les Bleus, comme avant lui Nyanga et après lui le bayonnais Puricelli.

La charnière.

Dupuy enfant gâté des deux premiers tests a été lui aussi à la peine, mais qui pour le remplacer ?

Trinh Duc. L'énigme s'épaissit, le Lièvre a encore justifié le choix de l'injustifiable, ce gars là aurait selon lui d'énormes qualités, un énorme potentiel. Certes, mais Carter à son âge était déjà Carter, pareil pour Wilko. Ils n'ont pas attendu d'avoir une carte senior à la SNCF pour être au plus haut niveau. Comme soeur Anne, on attend, on attend et l'on ne voit toujours rien venir. La Miche ou Castaignède avaient (ont ?) un énorme potentiel, très tôt il a été vérifié, l'un comme l'autre nous ont gratifié d'exploits, de coup de génie, même si ensuite leur carrière en Bleu a été (est) plus que chaotique.

Un ouvreur de niveau international anime le jeu par l'alternance, pas Trinh Duc (d'où les timides critiques sur l'absence d'animation du jeu des Bleus qu'on peut voir apparaître ici où là chez ceux qui veulent rester copains avec le staff). Un ouvreur de niveau international marque au pied les points de son équipe, pas Trinh Duc. Un ouvreur de niveau international déplace le jeu au pied, fait avancer ses gros, pas Trinh Duc.  Au final le problème de Trinh Duc n'est pas tant  d'être un mauvais 10, que de ne pas être un 10 tout court. Avec La Miche et Ellisalde on avait le 9 et demi, avec Trinh Duc on a le 10,75.

Au centre ça a défendu bizarre, sinon comment expliquer les échappées belles de Carter et autres Nolu ? Mais derrière les plus grandes défaillances sont à porter au débit du triangle Clerc, Médard, Traille. Les deux premiers ont cette manie, plusieurs fois dénoncée ici, de se débarasser du ballon au pied. A Marseille on a vu le résultat. Surtout le placement défensif des trois a été catastrophique, à la décharge des deux toulousains, comme l'a noté un commentateur du blog, Traille a touché le fond. On ne se lassera pas de l'écrire, arrêtons de le faire jouer à, un poste qui n'est pas le sien, à l'arrière. Dès que ça accélère un peu, il est complètement débordé. En défense, il a le placement d'un goal de baby foot, rivé sur se ligne, c'est dire s'il est mobile. En attaque, ses courses tracées à l'équerre ne trompent pas même un éventail  planté dans le pré jusqu'au genou.

Dernière certitude à sombrer, la rigueur défensive tricolore : 5 essais dans la musette. Il y en aurait eu 6 ou 7 sans que cela paraisse scandaleux.

S'il faut bien convenir qu'à l'ouverture les alternatives au vide trinduquesque sont rares, à l'arrière Médard doit avoir les clés du poste. Lui au moins  nous a déjà donné des gages quant à son potentiel ce qui n'empêche pas paradoxalement le Lièvre de le ballader, sur le banc et à l'aile. Où est la cohérence, la constance, la logique ?

Mais plus que les hommes, c'est le système qui compte. Les Blacks à Marseille avaient les deux, quand depuis deux ans le Lièvre et sa bande n'ont ni l'un ni l'autre. Gageons qu'il n'y a rien de bien emballant à attendre d'un Tournoi écrasé par une tenace grisaille hivernale.

Merci aux Blacks de l'avoir pour quelques heures dissipé.

Adiu

 

 

 

 

 

Commentaires

Ton article est plutôt bien fait mais j'ai juste deux remarques.
Tu dis que Chabal s'en est plus ou moins bien sorti, je l'ai trouvé nul, comme d'hab. En retard dans tous les mauls, passant son temps à se recoiffer (il pourrait au moins s'attacher les cheveux, ils le gêneraient déjà moins) et à vouloir jouer le ballon alor qu'il a pas de mains et que si il est en deuxième ligne, il doit d'abord faire le boulot de l'ombre.
Deuxième remarque, tu dis que Millo a été à la rue ce qui est archi faux. Il a fait un gros match dans le combat mais quand tout seul tu fais le boulot de 2 gars, c'est forcément beaucoup plus dur.
En attendant, bravo les blacks pour cette démonstration de jeu à la française comme on aimerait en voir tous les weekends.

Écrit par : judu64 | vendredi, 04 décembre 2009

Carter, quel sacré foutu joueur.
Le 10 de rêve sur ce match, un mix entre Michalak (la main ) et Beauxis ( le pied ) avec un cerveau de Titou.
Trinh Duc, son blème c'est de jouer à Montpeul.

Écrit par : Gatsby | vendredi, 04 décembre 2009

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu