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mardi, 01 novembre 2011

Il n'a que trop raison : la gouvernance de la FFR c'est Quelques messieurs trop tranquilles


29 octobre 2011

Manageur du Racing Métro 92, Pierre Berbizier a aussi été le sélectionneur du XV de France entre 1991 et 1995. Après la troisième défaite en finale de la Coupe du monde, il plaide pour une nouvelle organisation du rugby hexagonal

" Le rugby français n'est pas bâti pour gagner "







Dates

198Naissance le 17 juin à Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

1976Fait ses débuts au FC Lourdes

au poste de demi de mêlée.

 

1981

Remporte son premier Grand

Chelem avec l'équipe de France.

 

1987

Deuxième Grand Chelem avec le XV de France. Battu en finale de la

première Coupe du monde

de rugby, en Nouvelle-Zélande,

par les All Blacks.

 

1988Champion de France avec Agen. Capitaine de l'équipe de France

victorieuse du Tournoi des cinq nations. Il en remportera six.

1991Entraîneur du XV de France jusqu'en 1995. Remporte le Tournoi en 1993 et termine 3e du Mondial 1995.

2005

Entraîneur de l'équipe d'Italie

jusqu'en 2007.

2007Manager du Racing Métro 92.

Mercredi 26 octobre, à quelques centaines de mètres de la place de la Concorde, à Paris, qui accueille les finalistes vaincus de la Coupe du monde et une foule de quelques milliers de supporteurs, Pierre Berbizier, manageur du Racing Métro 92 et chroniqueur du Monde pendant le Mondial néo-zélandais, revient sur le parcours des Bleus. L'ancien sélectionneur national (1991-1995) critique un mode de fonctionnement qui mine, selon lui, l'optimisation des performances du XV de France.



Avec quelques jours de recul sur la finale perdue d'un petit point (8-7) face aux All Blacks, dimanche 23 octobre, quelle analyse faites-vous de la Coupe du monde des Français ?

Quel gâchis ! On sait désormais que cette équipe avait le potentiel pour être championne du monde. Ce XV de France a beaucoup fonctionné dans le doute, l'incertitude, la frustration, puis sur la réaction et l'orgueil. C'est dommage, car on peut légitimement penser que la confiance est un mode de fonctionnement qui peut aussi permettre d'avancer et de gagner. Cela nous arrange bien de dire que nous avons un tempérament latin qui nous place systématiquement dans une position d'outsider. Alors, quelque part, ne soyons pas déçus d'être Poulidor.

Après trois finales perdues (1987, 1999 et maintenant 2011), cette position de perdant magnifique est-elle pour autant une fatalité ?
Je crois qu'il est temps de mettre tout à plat et de faire une véritable évaluation du rugby français. Je crains que nous vivions sur l'illusion de cette finale pendant un moment. On a bien vécu quatre ans sur le souvenir du quart de finale de la Coupe du monde gagné contre les Blacks (20-18) en 2007. Pendant les quatre ans qui viennent, il y aura bien un match référence qui permettra de " vendre " la crédibilité de l'équipe de France. On est dans la grande illusion. On reste sur des banalités, des généralités. Nous ne savons pas optimiser notre potentiel. Et cette incapacité est récurrente.
Mais si la France avait été championne du monde, cela aurait été un élan fantastique ?
Cela aurait été bien pour le rugby français, mais cela aurait conforté ce que je viens de dire. Même si, apparemment, le fait d'avoir perdu suffit à entretenir cette illusion.
Peut-on toutefois s'attendre à des évolutions avec le nouveau sélectionneur, Philippe Saint-André, qui prendra ses fonctions le 1er décembre ?
Le problème, c'est qu'il n'y a jamais de transmission d'un sélectionneur à l'autre. Le système du rugby français fonctionne toujours en rupture. Regardons comment les autres nations sont devenues championnes du monde : on s'aperçoit qu'il y a toujours eu un transfert du modèle de jeu entre les sélectionneurs successifs. En France, le sélectionneur qui arrive veut prouver qu'il est plus fort que celui qui part. Il nous vend alors un jeu idéal plein de bonnes intentions, mais sans prendre en compte les contraintes du haut niveau.

Au final, le rugby français se satisfait de succès ponctuels. Avant de parler de Philippe Saint-André, la Fédération aurait dû procéder à un appel à projet puis nommer la personne idoine. J'ai vécu personnellement cette situation en 1991. On m'a nommé sélectionneur et puis on a attendu de voir ce que j'allais faire de l'équipe de France. Aujourd'hui, il y a des compétences dans le rugby français. Mais par rapport à quoi ? On ne parle jamais de compétences par rapport à un projet défini.
Pourquoi cette préférence accordée à l'homme plutôt qu'au projet ?

Parce que tout cela dépend d'une volonté politique, celle du président de la Fédération. Il est de bon ton de respecter le pré carré du président, son droit de chasse. Quand la Fédération française de rugby (FFR) a nommé Marc Lièvremont en 2007, elle s'est dit :

" Tiens ! On va faire comme le foot, en misant sur un technicien issu de la direction technique nationale. "

Elle a voulu opérer une rupture avec le multicarte Bernard Laporte. Aujourd'hui, on revient à un profil plus pragmatique avec Philippe Saint-André, qui semble à mi-chemin entre Bernard Laporte et Marc Lièvremont. C'est un mouvement de balancier perpétuel. Il n'y a pas de souci de continuité.

Le politique l'emporte chaque fois. C'est flagrant quand on regarde la composition du futur staff : Philippe Saint-André est un proche de Bernard Lapasset, ancien président de la Fédération française et actuel président de la Fédération internationale. Patrice Lagisquet, qui devrait être en charge des trois-quarts, est, lui, un proche de Serge Blanco et des Barbarians. Quant à Yannick Bru, chargé des avants, il est issu du Stade toulousain, le club fort du Top 14. On contente ainsi les différentes sphères politiques du rugby français.

Selon vous, comment fonctionnera Philippe Saint-André ?

Philippe Saint-André a l'intelligence de se nourrir et d'absorber toutes ses expériences passées pour en faire la synthèse. Maintenant, c'est à lui de définir ce qu'il attend des clubs. Aujourd'hui, les clubs subissent les contraintes des relations entre la Fédération et la Ligue. Dans les clubs, on comprend la préoccupation pour l'équipe nationale. On comprend aussi que chacun, dans une belle hypocrisie, fonctionne de son côté en essayant de tirer avantage de certains compromis. Chacun défend des intérêts particuliers. Philippe Saint-André a annoncé qu'il allait faire la tournée des clubs. En son temps, Marc Lièvremont aussi l'avait annoncé. Il avait surtout fait le tour du Pays basque.

Philippe Saint-André peut-il faire en sorte que les relations entre la Fédération et les clubs s'améliorent ?

Il ne peut rien faire pour que ça se passe mieux. C'est le système qui commande. Je présume que Philippe Saint-André va demander à ce que les internationaux soient sous contrat avec la Fédération et non plus avec les clubs. Il faudrait plutôt qu'on définisse les priorités sur quatre ans, jusqu'à la prochaine Coupe du monde en Angleterre. Pourquoi ne pas imaginer donner la priorité aux clubs pendant les deux ou trois prochaines saisons avant de la donner au XV de France, avec les moyens nécessaires, lors de la saison qui précède la Coupe du monde ? On pourrait aussi imaginer un championnat allégé la dernière saison afin d'éviter les doublons. Cette saison, nous jouons dix matches sans nos internationaux. Le championnat est complètement faussé.

Et les joueurs doivent être payés par ceux qui les utilisent. Juridiquement, ça ne me paraît pas aberrant. C'est la situation actuelle qui est aberrante puisque, cette saison, les internationaux sont payés par les clubs qui n'ont pas pu les utiliser pendant six mois en raison de la Coupe du monde.
Quand allez-vous retrouver vos joueurs Lionel Nallet et Fabrice Estebanez, qui ont participé à la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande ?

Je ne les verrai pas avant lundi 31 octobre. C'est une situation ubuesque. Je prends un exemple : le staff des Bleus renvoie en France David Skrela - Clermont - , aussitôt après sa blessure face au Japon, lors du premier match, alors qu'il aurait pu rejouer dès le quart de finale contre les Anglais. Il garde en revanche trois semaines Fabrice Estebanez en Nouvelle-Zélande, valide mais qui ne pouvait plus jouer puisqu'il était suspendu jusqu'à la fin du Mondial.

Ce sont les clubs qui payent les joueurs pendant toute la durée de la Coupe du monde. Quelle entreprise viable peut supporter ça ? Au Racing, nous récupérons également plusieurs joueurs italiens, sud-africains et argentins blessés. Leurs soins et leur convalescence sont également à la charge du club. Alors, au risque de passer pour un mauvais coucheur, on ne peut pas dire que les clubs ne jouent pas le jeu du XV de France et des sélections nationales.

Comment réformer le système fédéral ?

Il ne faut même pas chercher à lutter. Il faut s'adapter au mieux à un système qui est bâti pour durer, mais pas pour gagner. La France est la seule nation majeure à ne pas être championne du monde.

Propos recueillis par Laurent Telo

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