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dimanche, 11 octobre 2015

En attendant France - Irlande : de l'art d'agrémenter les jardins

Longtemps les France - Irlande ont bercé l'enfance du rugby d'un cortège de traditions réchauffant l'âme au sortir d'hivers faits de boue et de cuirs alourdis par les intempéries.

Les adversaire étaient valeureux, formés de grands roux empestant la pinte, leur roublardise dans l'obscurité des mauls ne reflétait aucun vice, seulement la conscience des limites de joueurs frustes.

Sur leur pré, ils manifestaient une ardeur à faire pâlir Hercule (comment veux-tu...), portés par des supportrices à la tignasse purpurine masquant mal d'encombrantes poitrines laiteuses dont on imaginait sans peine les contours à chaque pénalités réussies.

Bref, un peu comme la chèvre de Séguin, les irlandais, luttaient comme de beaux diables verts, mais à la fin, ils finissaient toujours bouffés.

Si bien que les France - Irlande d'alors avaient cette prévisible physionomie, entre la 50 ème et la 60 ème minutes, le vert explosait toujours, gagnant parfois à domicile, paumant toujours à l'extérieur.

Un jour sans doute, quelque part sur une lande brumeuse secouée par des vents emplis de colère atlantique (en général le vent chasse la brume mais pas ce jour là, c'est dire la puissance mystico-magique du moment), l'un d'eux lassés de tant de défaites au goût de terre a dû se dire que tout ça commençait à bien faire ; qu'il n'était plus possible d'accumuler les cuillères de bois comme les Balkany les casseroles.

Alors, le Leinster et le Munster régnèrent sur l'Europe des clubs, puis le Trèfle releva la tête pour remporter un Tournoi vierge de toute défaite soixante ans après (1948-2009) et d'enchainer un historique doublé (2014, 2015).

Désormais l'Irlande du rugby donne à voir l’alliance rare entre les valeurs d'un jeu fait de vaillance, d'abnégation et d’humilité et ceux qui le pratiquent, l'identification est si forte que penser rugby revient à teinter de vert le ciel de l'Ovale.

Dès lors, dire que l'Irlande est favorite face à une équipe qui ne l'a pas battu depuis 4 ans, revient à dire que l'eau ça mouille et que ton rouge de l'Aude il pique.

Pendant que l'Irlande quittait les poubelles de l'Ovale et que le Gallois retrouvait sa splendeur d'antan, le Français tout enivré du souvenir de cuirs passés tutoyant le sublime stagnait. 

La suite on la connait, la France accrochée aux basques du Beef pour lui contester l'hégémonie sur la moitié nord d'un globe ovale, finit à force de contentement de soi et d'inconstance par se retrouver quelque part devant l’Écosse et l'Italie, c'est-à-dire juste devant le néant du rugby.

Aussi plus que l'affrontement entre deux équipes, c'est au fond deux visions du monde qui vont s'opposer : celle où rien n'est laissé au hasard, où un jeu plus millimétré qu'un papier à musique donne à entendre une entêtante musique faisant fleurir les oreilles, où l'esprit du jeu est poussé à son extrême, d'un autre côté, un rugby foutraque, prévisible dans son imprévisibilité, à la trajectoire moins certaine que les rebonds d'un cuir hoqueteux.

Côté irlandais, un jardin à français en toute saison, côté français un jardin à l'anglaise seulement dans les beaux jours.

Mais quelles que soient les faveurs du jury horticole, une chose est sûre : malheur au vaincu !

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