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mardi, 03 novembre 2015

Un soleil noir brille sur la planète Ovale

Si l'ovale hexagonal a un avenir plus sombre que le cul d'un taureau l'Ovale mondial rayonne de ce noir de lumière soulagesque que l'on peut voir aux jours tombant de l'automne sur les vitraux de Conques...

Pour doubler leur titre de rois du monde, les Blacks quasiment intouchables pour les équipes du Nord ont battu les trois du SuT tandis que les Wallabies au terme d'un parcours plus relevé incarnaient le meilleur partenaire possible pour ce bout d'histoire de cuir.

Finalement le seul qui n'avait rien à faire là était l'arbitre, tout près de gâcher la fête par son incohérence qui n'étonne plus  tant elle saute aux yeux depuis qu'on le voit officier et sévir dans le Tournoi ou en coupe d'Europe.

Heureusement l'essentiel n'est pas, l'amateur d'Ovale a pu un temps éprouver l'ivresse du curieux scrutant la voûte en partie masquée par la silhouette chenue de Michel-Ange perché sur son échafaudage dans la Sixtine, lui qui n'a pas connu les glorieux débuts des touts noirs (all backs ? all blacks ?) aura non seulement vu la meilleure équipe du moment mais sans doute celle de tous les temps depuis que Webb Ellis eut l'idée si saugrenue de se saisir de la balle.

Les statistiques disent à elle seules la hauteur de l'Olympe :

- record du nombre de victoires successives en coupe du monde (14 victoires) ;

- 3 défaites en 54 rencontres entre 2011 et 2015 ;

- Carter meilleur réalisateur de tous les temps ;

- Mac Caw 148 sélections (18 matchs perdus en 12 ans...) plus grand nombre de sélections de tous les temps.

Ajoutons à cela une flopée de joueurs centenaires ou tout près de le devenir (Carter, Woodcock, Mealanu, Nonu, Smith, Read...) ou appelés à l'être (Smith, Barrett, Retalick...)

Au-delà de la sécheresse de ces chiffres cette équipe est l'équilibre parfait entre la rigueur de la conquête tracée au fil à plomb (les Blacks sont d'équerre) et les arabesques de l'attaque.

Jamais équipe n'est paru si complète dans tous les secteurs de jeu, ne laissant rien à une mêlée  wallaby retrouvée, impériale dans les airs, plus intraitable que Martinet en défense, sereine, sûre de sa force tout en faisant preuve d'une rare humilité (j'ai manqué chialé quand j'ai vu les Blacks se faire des passes sous la flotte à la mi-temps des Boks,  ça m'a rappelé Mozart récitant le solfège avant d'exécuter son Te Deum).

Jamais équipe n'a été forgée d'un tel alliage, anéantissant même l'idée de paille, maitresse d'un rugby complet, total. Pas ce rugby hémiplégique de bègue, où tous n'ont à la gueule que ce "pas de faute", "le rugby commence devant", on en passe et des pires.

Le rugby est partout, ni devant, ni derrière, ni au milieu. Du coup on n'est pas très étonnés de la tiédeur des glossateurs rémunérés de l'Ovale, trouvant les Blacks trop ceci, pas assez cela, malmenés en poule, fébriles sous la pression, prenables,  pas à l'aise loin de leurs bases antipodistes, infoutus de gagner hors de chez eux, etc., là encore la liste est longue.

La vérité est que cette superbe équipe est devenue sous nos yeux l'étalon absolu d'un jeu servi par des seigneurs, à la fois maitres et serviteurs de la gonfle.

La vérité est que cette superbe équipe est un vivant démenti jeté à la gueule des gagne-petits de l'Ovale qui se prennent pour des grands, ne jurant que par un rugby emmerdant car c'est celui qui gagne. 

Le pire c'est qu'il a gagné, si on ne souvient pas du jeu des Blacks de 87,  on se rappelle de tous les champions du monde depuis et de 1991 à 2007, tous ont pratiqué à peu de choses près un jeu uniquement basé sur la conquête, la défense et la régularité d'un buteur (le jeu laportien en somme d'inspiration anciennement australienne). Aussi le plus grand service qu'ont rendu les Blacks au rugby c'est d'accorder ambition et résultats (l'anti-Clermont en résumé), fidélité à l'esprit du jeu et parfaite réalisation de la sa lettre.

Même les Blacks champions de 2011 n'ont pas donné à voir cette quintessence d'ovale ; celle qui déjà à l'école de rugby tissait la trame de nos âmes sportives de gamins mal dégrossis voyant dans le pré ce champ d'étoiles traversé par  la course indécise du cuir .

Pour la vie, pour l'Ovale, ces Blacks resteront à jamais le soleil noir de nos rêves de Jeu.

 
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