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samedi, 17 juin 2017

Une décennie de perdue pour le rugby français (2007-2017) : les vraies raisons d'un déraillement

Tout le malheur du rugby de France vient de ce que son principal fossoyeur se risque à revêtir la tunique du providentiel sauveur.

Laporte, car c'est lui dont il s'agit, a une lourde responsabilité dans le déplorable état dans lequel se trouve la gonfle tricolore, et il va avoir du mal à résister à ne pas en imputer davantage la charge à Novés et à son staff...

Laporte a commis l'erreur historique de ne pas avoir vu l'évolution du rugby mondial, il a pris pour modèle celui qui gagnait les batailles passées pas celui permettant de mener les combats futurs.

En clair, Laporte a pris en exemple le rugby du Sut, celui de l’Australie de 1999, reposant sur une grande rigueur défensive et un bon buteur. Cette obsession de la défense et du "pas de faute" est communément partagée alors, elle fait des Beefs les champions du monde en 2003 et consacre les Boks en 2007. Que ces trois équipes se retrouvent en finale des éditions 2003 et 2007 ne doit rien au hasard.

En vertu de quoi, peu importe  le rugby pratiqué, le seul qui vaille est celui qui gagne, au risque pour ce faire d'être emmerdant, telle est la doctrine laportienne. Ses ravages perdurent puisqu'il s'agit d'une croyance largement partagée dans le TOP 14.

Ce que l'équipe de France a raté avec Laporte c'est le tournant Black. S'il est vrai que leur jeu a toujours été le plus chatoyant et le plus flamboyant, ils ne parvenaient pas à tirer le gros lot mondial tous les 4 ans, en dépit de leurs joueurs talentueux. Ils étaient en quelle que sorte un contre-modèle. Sauf que... maintenant le jeu Black gagne sans avoir renoncé à son ambition fondatrice, et naturellement il inspire les autres nations, y compris les plus rétives traditionnellement à tout changement de paradigme sportif, à savoir les Beefs depuis 2012, avec le succès que l'on sait (leur élimination en poule de leur coupe du monde ne les a pas dissuadés de renoncer à cette transformation du jeu basés sur le volume et l'intensité) et même les Boks comme on a pu le constater lors des deux derniers test matchs contre la France. Laquelle - cruel paradoxe - a pratiqué le jeu à une passe des Boks d'hier pour un résultat particulièrement stérile.

Certes, Lièvremont a saisi cette nécessité d'une réorientation du jeu (un retour à l'esprit guidant le tandem Skrela Villepreux si on veut), mais son inexpérience l'a amené à confondre un jeu ambitieux reposant sur une grande rigueur dans l'exécution avec un jeu sans bases tourné vers l'attaque à outrance (à rebours de la chronologie, les charges de la cavalerie napoléonienne avant le rugby des tranchées).

La fédé de son côté a commis la double erreur historique de reconduire Laporte de 2003 à 2007, dont l'orgueil l'a amené à reproduire les mêmes erreurs, pour un même résultat, puis de nommer un sympathique entraineur inexpérimenté de Pro D 2 (Lièvremont). Enivrée d'un résultat trompeur (une finale de Coupe du monde assortie de 3 défaites), la fédé a planté le dernier clou dans le cercueil de l’Ovale hexagonal en donnant les clés du camion au Goret, lequel l'a conduit dans le mur, faute d'avoir compris les nécessités du temps, tout embarbouillé qu'il était d'un rugby laportien au point de passer pour l'inventeur de la formule "rugby restrictif".

Dans ces conditions, la figure de Novès a fini par s'imposer comme une évidence, l'homme passant pour le dépositaire d'un beau rugby qui gagne. Peu importe que ce soit à tort, tant le Stade toulousain a bâti son palmarès ses 15 dernières années sur un rugby pragmatique, l'important est d'y croire, la gonfle n'échappe pas au performatif, la performance en procède parfois.

Sera-ce suffisant ? Sans doute pas, car à supposer comprises les orientations d'un rugby gagnant et pas emmerdant, encore faut-il être capable d'en assurer la réalisation.

Et là, le malaise est très grand.

Pendant longtemps, l'érection de la statue du capitaine Dusautoir (en dépit de la nullité de son bilan sportif depuis 2011) est parvenue tant bien que mal à dissimuler la médiocrité de l'ensemble des joueurs. Bon an mal an, on s'enflammait pour l'un d'entre eux, alors qu'il n'était qu'une variation des accents du mirage (Fall, Thomas), pour un joueur étranger à l'ADN soi-disant inédit en France (Leroux, Spedding, Nakaitaci, Atonio), pour un joueur découvert à la faveur d'une tournée ou d'un Tournoi pas trop ratés (Goujon, Serin, Le Develec), pour mieux cacher la poussière de l'ovale tricolore sous le tapis tissé du temps qui passe, des excuses bidons et des promesses non tenues. Seulement aujourd'hui, comme on ne peut plus comme hier aussi facilement incriminer le sélectionneur et son staff (on y viendra bientôt), les regards se tournent vers la troupe des joueurs. Et la réalité cruelle se fait jour : les cadres faillissent (Picamoles, Maestri), les anciens espoirs continuent de décevoir (Fickou, Dulin...) quand d'autres n'ont jamais confirmé (Plisson, Trinh Duc, Machenaud...), hormis quelques valeurs sûres en première ligne au niveau mondial (Guirado, Slimani), rien dans cette équipe de France n'est source d'espoir. Et ce ne sont pas les absents qui peuvent démentir l'analyse, car présents lors de la tournée d'automne 2016 ou du Tournoi 2017, ils n'ont empêché ni les défaites, ni causés de retentissantes victoires.

On l'a compris, pour prendre avec plusieurs trains de retard la voie du nouvel Ovale, avec au surplus des passagers taillés pour voyager en seconde classe, l'équipe de France est condamnée pour longtemps au tortillard d'antan, dont ni les nostalgiques pourront se satisfaire pas plus que adeptes du changement...

 

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