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dimanche, 18 juin 2017

Une décennie de perdue pour le rugby français (2007-2017) : le train-train des raisons bidons

On s'était laissé sur cette lancinante question : comment l'ovale tricolore en est arrivé là, c'est-à-dire en D2 mondiale après avoir eu l'outrecuidance de prétendre se hisser sur le toit du monde ?

Si personne ne conteste qu'elle ne gagne plus rien depuis 2010 et que son ratio match joué/perdu est le pire de l'histoire du rugby moderne, les raisons divisent.

Commençons par écarter les habituelles excuses à la con que t'en voudraient même pas dans ton carnet de liaison scolaire de 6ème.

Ainsi chaque année on a droit à :

- Tournée de novembre : les Bleuxv ne sont pas rodés, ils n'ont eu que quelques jours pour se préparer et retrouver des sensations collectives (on oublie en passant que les équipes du Sut sont en fin de saison et donc émoussées) ;

- Tournée de juin : les Bleuxv sont fatigués (on oublie en passant que les équipes du Sut sont en rodage). Admettons, sauf que si on prend le cas de Serin ou de Le Devedec, leur saison est finie depuis plus d'un mois et le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas été très bons. En sens inverse, Gourdon qui a enchainé les matchs a été le plus en vue ;

Et entre les deux :

- Tournoi des 6 Nations, l'équipe est en reconstruction, l'objectif c'est la Coupe du monde.

Et tous les 4 ans on a droit à :

- Une préparation commando, pour la première fois le coach a pu travailler sur la durée avec le Groupe, les Bleuxv sont prêts et on va voir ce que l'on va voir... Bon là on a assez donné pour l'enfumage généralisé.

Enfin, on connait la rengaine, c'est la faute au TOP 14 !

De toutes les raisons évoquées, la seule qui vaille est celle-là mais pas pour les raisons que l'on pense le plus souvent.

Pour commencer, l'implacable logique recommande d’oublier de qualifier notre championnat comme le meilleur du monde s'il a pour effet de générer la pire équipe de France...

Mais, il est certain qu'en France la priorité est donnée aux clubs quoi qu'en disent leurs présidents délestés de leurs meilleurs joueurs à l'occasion des doublons internationaux. On se retrouve avec un TOP 14 riche de droits télé face à une FFR, vivant de ses rentes (et pratiquant l'impudeur jusqu'au sponsor maillot, dont l'absence jusqu'alors était le dernier refuge de la vertu fédérale). Pour le dire autrement, ce n'est plus l'équipe de France qui est la locomotive du rugby tricolore, mais les 14 wagons des clubs. Et il faut bien reconnaitre que la popularité (toute relative) de la gonfle doit plus au Top 14 qu'à l'équipe de France, même si cela reste (et c'est tant mieux) un sport régional. Pour le dire en termes marketés, si la gonfle gagne des parts de marché, elle doit plus à un TOP 14 survitaminé par ses stars étrangères, qu'à son XV de France anémié.

Il reste qu'incriminer le TOP 14 est une erreur, ce n'est qu'un contenant, le contenu reste de la responsabilité des clubs. Ce n'est pas la faute au championnat si Toulon espère le gagner en 2017 à la sauce bitteroise des années 70 ; rien n'empêche les clubs d'avoir pour modèle un jeu ambitieux comme celui pratiqué par les jaunards. Notre Top 14 n'empêche d'ailleurs pas les clubs français de régner sur l'Europe du rugby, et sans revoir son ambition à la baisse l'ASM s'est tout de même hissée en finale cette année. Sur le plan des individualités, Picamoles est-il plus fort depuis qu'il a quitté le Top 14 ?

Coupable idéal le TOP 14 n'est qu'un bouc émissaire, la vérité est ailleurs...

 

samedi, 17 juin 2017

Une décennie de perdue pour le rugby français (2007-2017) : les vraies raisons d'un déraillement

Tout le malheur du rugby de France vient de ce que son principal fossoyeur se risque à revêtir la tunique du providentiel sauveur.

Laporte, car c'est lui dont il s'agit, a une lourde responsabilité dans le déplorable état dans lequel se trouve la gonfle tricolore, et il va avoir du mal à résister à ne pas en imputer davantage la charge à Novés et à son staff...

Laporte a commis l'erreur historique de ne pas avoir vu l'évolution du rugby mondial, il a pris pour modèle celui qui gagnait les batailles passées pas celui permettant de mener les combats futurs.

En clair, Laporte a pris en exemple le rugby du Sut, celui de l’Australie de 1999, reposant sur une grande rigueur défensive et un bon buteur. Cette obsession de la défense et du "pas de faute" est communément partagée alors, elle fait des Beefs les champions du monde en 2003 et consacre les Boks en 2007. Que ces trois équipes se retrouvent en finale des éditions 2003 et 2007 ne doit rien au hasard.

En vertu de quoi, peu importe  le rugby pratiqué, le seul qui vaille est celui qui gagne, au risque pour ce faire d'être emmerdant, telle est la doctrine laportienne. Ses ravages perdurent puisqu'il s'agit d'une croyance largement partagée dans le TOP 14.

Ce que l'équipe de France a raté avec Laporte c'est le tournant Black. S'il est vrai que leur jeu a toujours été le plus chatoyant et le plus flamboyant, ils ne parvenaient pas à tirer le gros lot mondial tous les 4 ans, en dépit de leurs joueurs talentueux. Ils étaient en quelle que sorte un contre-modèle. Sauf que... maintenant le jeu Black gagne sans avoir renoncé à son ambition fondatrice, et naturellement il inspire les autres nations, y compris les plus rétives traditionnellement à tout changement de paradigme sportif, à savoir les Beefs depuis 2012, avec le succès que l'on sait (leur élimination en poule de leur coupe du monde ne les a pas dissuadés de renoncer à cette transformation du jeu basés sur le volume et l'intensité) et même les Boks comme on a pu le constater lors des deux derniers test matchs contre la France. Laquelle - cruel paradoxe - a pratiqué le jeu à une passe des Boks d'hier pour un résultat particulièrement stérile.

Certes, Lièvremont a saisi cette nécessité d'une réorientation du jeu (un retour à l'esprit guidant le tandem Skrela Villepreux si on veut), mais son inexpérience l'a amené à confondre un jeu ambitieux reposant sur une grande rigueur dans l'exécution avec un jeu sans bases tourné vers l'attaque à outrance (à rebours de la chronologie, les charges de la cavalerie napoléonienne avant le rugby des tranchées).

La fédé de son côté a commis la double erreur historique de reconduire Laporte de 2003 à 2007, dont l'orgueil l'a amené à reproduire les mêmes erreurs, pour un même résultat, puis de nommer un sympathique entraineur inexpérimenté de Pro D 2 (Lièvremont). Enivrée d'un résultat trompeur (une finale de Coupe du monde assortie de 3 défaites), la fédé a planté le dernier clou dans le cercueil de l’Ovale hexagonal en donnant les clés du camion au Goret, lequel l'a conduit dans le mur, faute d'avoir compris les nécessités du temps, tout embarbouillé qu'il était d'un rugby laportien au point de passer pour l'inventeur de la formule "rugby restrictif".

Dans ces conditions, la figure de Novès a fini par s'imposer comme une évidence, l'homme passant pour le dépositaire d'un beau rugby qui gagne. Peu importe que ce soit à tort, tant le Stade toulousain a bâti son palmarès ses 15 dernières années sur un rugby pragmatique, l'important est d'y croire, la gonfle n'échappe pas au performatif, la performance en procède parfois.

Sera-ce suffisant ? Sans doute pas, car à supposer comprises les orientations d'un rugby gagnant et pas emmerdant, encore faut-il être capable d'en assurer la réalisation.

Et là, le malaise est très grand.

Pendant longtemps, l'érection de la statue du capitaine Dusautoir (en dépit de la nullité de son bilan sportif depuis 2011) est parvenue tant bien que mal à dissimuler la médiocrité de l'ensemble des joueurs. Bon an mal an, on s'enflammait pour l'un d'entre eux, alors qu'il n'était qu'une variation des accents du mirage (Fall, Thomas), pour un joueur étranger à l'ADN soi-disant inédit en France (Leroux, Spedding, Nakaitaci, Atonio), pour un joueur découvert à la faveur d'une tournée ou d'un Tournoi pas trop ratés (Goujon, Serin, Le Develec), pour mieux cacher la poussière de l'ovale tricolore sous le tapis tissé du temps qui passe, des excuses bidons et des promesses non tenues. Seulement aujourd'hui, comme on ne peut plus comme hier aussi facilement incriminer le sélectionneur et son staff (on y viendra bientôt), les regards se tournent vers la troupe des joueurs. Et la réalité cruelle se fait jour : les cadres faillissent (Picamoles, Maestri), les anciens espoirs continuent de décevoir (Fickou, Dulin...) quand d'autres n'ont jamais confirmé (Plisson, Trinh Duc, Machenaud...), hormis quelques valeurs sûres en première ligne au niveau mondial (Guirado, Slimani), rien dans cette équipe de France n'est source d'espoir. Et ce ne sont pas les absents qui peuvent démentir l'analyse, car présents lors de la tournée d'automne 2016 ou du Tournoi 2017, ils n'ont empêché ni les défaites, ni causés de retentissantes victoires.

On l'a compris, pour prendre avec plusieurs trains de retard la voie du nouvel Ovale, avec au surplus des passagers taillés pour voyager en seconde classe, l'équipe de France est condamnée pour longtemps au tortillard d'antan, dont ni les nostalgiques pourront se satisfaire pas plus que adeptes du changement...

 

 
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