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vendredi, 18 février 2011

Le fils à Jo : rien à décaler

Le rugby, sport riche s'il en est en anecdotes, en histoires croustillantes vraies ou légérement magnifiées supporte mal de quitter le pré pour l'écran. Les yeux piquent encore au seul souvenir de l'horribilis invictus.

La vie si vibrionnante du rugby est souvent affadie par l'épreuve de l'écran.

C'est donc le coeur aussi remplit de craintes qu'une panse de brebis écossaise qu'on s'est plongé dans le noir pour le Fils à Jo.

Pour commencer, une promo envahissante et donc dissuasive pour qui a l'esprit de contradiction. Promo bizarre, le film est présenté comme n'étant pas sur le rugby mais sur les rapports père fils, sauf que la gonfle et ses pratiquants sont sans cesse mis en avant (donc mélée).

Une sortie régionale avant la nationale dans le grand sud-ouest mettant le bouseux à l'honneur, ce qui fait craindre le pire : le rugby-gigot-haricots, le rouge-du-tarn-qui-tâche (pléonasme), la gonfle-les-copains-c'est-sacré, bref le plein de clichés à dégouter le photomaton le plus endurci.

Rien à Déclarer en sortie nationale régionale dans le Nord, Le fils à Jo à la maison, ça sentait le combat à mort entre l'humour de baraques à frites et celui de bouffeur de cassoulet.

Sans compter que du côté de l'équipe à Jo, le nombre de bras cassés à l'affiche donnait des airs de MJC à l'hôtel des Invalides.

Derrière la caméra

Laguille, certes son Petits bruits de couloir sonnait juste, mais d'autres avant lui et mieux que lui  ont raconté la gonfle (Blondin avec Ironies ovales, Tillinac avec Rugby Blues et l'injustement méconnu Belloni de J. Collombier). Le bouquin sur les anciennes gloires et légendes de la gonfle est devenu presque un genre littéraire à part.

Et puis Laguille, tout le monde l'aime bien et ce n'est pas lui faire injure que de rappeler qu'il doit sa notoriété plus à la télé qu'à son passé de joueur. Justement, sa présence à la télé tient de plus en plus du gadget, on le croit utile quand il manque et superflu quand il est là.

Laguille à la télé appartient à cette catégorie d'espèce malheureusement en voie d'extinction du type qui donne l'impression d'être souvent payé à rien foutre et qui ne s'en cache pas. La dictature productiviste étreint le Poète.

Forcément passant du petit au grand écran, on se dit que Laguille a changé de branquet pour la même arnaque du dilettante brillant par intermittence mais en plus grand.

Devant la caméra

Même amateurisme devant la caméra qui n'est pas pour rassurer.

Lanvin, alter ego de Laguille mais en plus vieux, qui doit sa présence au cinéma à celle déployée jadis sur les marchés, ce qui n'incite pas vraiment à la multplication des rôles. Du coup il joue toujours le même depuis Marche à l'ombre (1984 quand même), celui du gars bourru au coeur d'or, le beau sombre a la générosité souterraine. Le registre depuis un quart de siècle commence à être fatiguant, il n'y guère que le regretté Zardi pour s'être aussi peu renouvelé dans son jeu (et Trinh-Duc bien sûr, mais c'est encore autre chose).

Marchal, ex-flic, qui écrit des films de flic, joue des flics dans des films de flic, voire filme des films de flics dans lesquels il joue un flic ou même un ex-flic est attendu au tournant par la patrouille.

A part filmer la prochaine campagne de propagande du ministère de l'interieur ou de la prévention routière, lui aussi son registre paraît épuisé. On attend avec impatience son Biopic d'Hortefeux dont le titre pourrait être : "Retour vers l'enfer du pays du rouquin", avec Dany Boon dans le rôle titre.

Donc ce Marchal, ce Shérif des temps modernes, va quitter l'habit de la flicaille du film noir, pour d'autres couleurs plus chatoyantes, celles de la campagne occitane.

Moscato, est-il un ancien boxeur faisant de la radio ? Un animateur de radio ayant joué au rugby ? Un show-man aperçu sur tous les supports multimédias susceptibles d'être commercialisés ? Un tarnais à Paris ? Evidemment il est un peu de tout ça et c'est tout à son honneur (à part Tarnais), mais sans être obsédé par la taxinomie, depuis Rémy Bricka et ses pigeons, ça fout quand même un peu les jetons l'Homme orchestre...

La musette déborde de raisons pour rester chez soi et revisionner Le cuir dans la peau, hymne en rouge et noir du rugby graulhetois. Comme il reste introuvable : direction l'usine à film de Labège...

Le film

La hotte à cliché déborde :

La tranquille cité du Tarn

La jolie irlandaise au coeur pur, accompagnée de sa ravissante fille du même âge, tiens donc, que le Fils à Jo.

La fête du village qui tourne à la partie de pampes

Notre Jo, le père, toujours vétu de son blazer, chemise bleue, cravate rayée à la britiche, tenue très show-biz du temps du Racing des grandes années 80-90

La grosse cuite entre copains

La veste en velours de Pompom

Le retour des îles du tombeur à la chemise à fleurs

Quelques bonnes blagues recyclées (t'es pas venu à cheval...)

et puis d'autres encore dont un à direction du public "bobo" : le couple de fermière, l'histoire dit pas si elles font du foie gras bio.

Dommage on aurait eu le top du cliché bobo : homo+bio !

Et pourtant, ça marche

Ce petit film, parce que sans prétentions, se paie le luxe de laisser opérer un miracle.

C'est pas encore Lourdes, mais le Gave n'est pas loin.

La justesse du quotidien touche, de cette vie sans apprêt du rugby de village, du rugby de clocher vu ailleurs, vrai et unique coeur du rugby de France, qui chaque week end résonne dans des miliers de poitrine de Chauray à La Voulte, de Lombez à Brioude, de Rabastens à Saint Cernin.

Le film posséde un charme désuet, presque hors du temps, illustré par le refus du portable et par l'amour des bagnoles sans âge.

Il a su capter la douce lumière du pays de cocagne.

On vibre plus devant un match de minimes avec pour écrin un champ de patates qu'à la lourdaude finale d'Invictus.

Quelques figures réjouissent à chaque apparition, encore Lourdes, comme le Boulon ou Pompom.

Un vrai plaisir à revoir les cabines de Porcu en parent d'éléve et de Cali, bien plus crédible en chef de gare, qu'au hasard en conseiller régional.

Laguille pousse son souci du casting d'anciennes gloires de la gonfle jusqu'à faire jouer la fille du Grand Dintrans. Manquait plus que Garuche en vendeur de patates, Lourdes toujours.

Le plus étonnant  fut donc d'avoir passé un bon moment au point d'en oublier la perspective d'un Crunch déjà éprouvant.

Prochainement dans vos salons.

 

 

 

 

 

 
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